En Suisse, je ne lis pas de magazines féminins pour la bonne raison qu’ils sont en allemand et que ça gâcherait mon plaisir et, surtout, la liquéfaction totale de mon neurone. Du coup, quand je suis en France, je les achète tout. Ce qui est ridicule vu que lorsqu’on en a lu un, on les a tous lus.
Pour la détente du neurone, ça fonctionne super. Ca arrive presque à endormir tout sens critique. Presque. Généralement, les pages “mode”, qui, je trouve, proposent des tenues de plus en plus extravagantes mais de moins en moins belles, me réveillent. Ou certains articles.
Ce fut le cas ce mois-ci.
Je ne reviendrai pas sur l’article sur les anciennes moches/nouvelles bombes de Biba qui m’a laissée presque aussi perplexe qu’Uglybeauty. J’ai simplement vu des filles qui, à la base, s’en foutaient et qui, avec le temps, ont parfois minci et se sont généralement intéressées de plus près aux “artifices de la féminité”. Grosso modo, l’on devient canon quand l’on découvre le mascara. On est bien peu de choses…
Moi, l’article qui m’a stupéfaite, c’est celui consacré au, prétendu, rapport entre les jeunes femmes et l’alcool dans Glamour :
Je ne serai pas un peu alcoolo ?
Pour la faire rapide, cet article présente les interrogations des femmes devant l’alcool et leur peur du fait que leur goût pour la boisson alcoolisée ne tourne à l’alcoolisme sévère, “le coup de flip éthylique”. Grosso modo, les minettes interrogées, elles boivent un peu plus que de raison et elles s’imaginent qu’elles sont en train de devenir la fille de vice de Gainsbarre et de Signoret.
Quand je lis ça, je me dis de nouveau que l’on est bien peu de choses.
Les nanas, décrites comme les urbano-trentenaires, ont-elles à ce point intégré la norme ambiante pour croire que picoler de façon festive, c’est le mal ? N’ont-elles rien d’autre à faire que d’analyser ce qu’elles ont bu la veille pour y trouver les signes d’un alcoolisme débutant ? Au lieu de tout simplement se dire qu’elles ont passé une bonne soirée. Sommes-nous à ce point névrosées pour penser que nous sommes des malades en puissance dans une spirale infernale de victimisation ? Parce que l’alcoolisme, c’est une maladie, une vraie. Et pas un frisson d’adolescente.
Quand je lis ça, je suis attérrée.
Et je me dis que la femme est encore bien loin de se libérer, vu qu’elle se créé sans cesse de nouvelles entraves, de nouvelles règles et de nouvelles normes. Toute seule. Comme une grande.
Personnellement, j’aime boire.
J’aime les repas au champagne avec Monsieur L. J’ai le vin blanc des fêtes de famille qui enivre légèrement. J’aime la bière bue avec une amie en terrasse, alors que l’on se raconte notre vie. J’aime aussi ces soirées où je bois un peu plus que de raison et je prends un peu mes distances avec les choses qui me pèsent.
Je ne culpabilise pas. Et je savoure.
Un plaisir.
Et pas de crispation autour de ce qui est sain et ce qui ne l’est pas, de ce qu’il faut faire et ce qu’il ne faut pas faire. Car c’est de la crispation que peut venir une consommation malsaine, viciée, chaotique.
Pour revenir à l’article, il est d’ailleurs marrant que les deux voix les plus légères, et aussi, pour moi, les plus sensées, de l’article venaient d’hommes : celle du journaliste que se moque à la fois de la dramatisation de ces filles qui se voient en future Sue Ellen et de leur incapacité à vraiment arrêter de boire toute goutte du Diable d’alcool et celle de Jean-Claude Kaufmann qui explique que “Nous cédons à [la] pulsion car le plaisir de l’instant recompose tout notre système de valeurs et annule le précédent.”
Alors trinquons toutes ensemble au plaisir de l’instant !




