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Archives de la Catégorie Zoupi la zumba

La vie rêvée de… Steevio

Le vendredi, c’est Zumba aussi.

Mais le vendredi, c’est Zumba avec Steevio.

Steevio est donc un prof de zumba. Steevio ne s’appelle pas Steevio, mais comme il a l’air de venir d’Amérique du Sud et qu’il ressemble à Steevy Boulay, pour moi, c’est Steevio.

…..

Steevio vient d’une famille modeste d’Amérique du Sud (Mexique, Chili, j’ai pas encore décidé). Petit, il avait déjà la charge de ses huit frères et sœurs qu’il devait surveiller pendant que ses parents travaillaient à l’usine de tortillas du coin (ce texte sera plein de clichés, sauras-tu les reconnaître ?). Il s’acquittait consciencieusement de sa tâche, mais un jour, un moment d’inattention, un seul, et une casserole d’eau bouillante lui est tombée dessus. Et comme ses parents étaient pauvres, il ne put pas être correctement soigné (en même temps, pauvres ou riches, les cicatrices de brûlure, on peut pas y faire grand chose). Steevio, sous sa croix en or et sur son torse imberbe, il a encore les cicatrices de ce jour maudit. Ce jour où tout a changé pour lui.

Ne supportant pas ces traces qu’il jugeait disgracieuses, Steevio a décidé de compenser par la danse. C’est devenu sa raison de vivre. A force d’effort et de sueur dans une petite cave de Brasilia (comment ça c’est pas possible si Steevio parle espagnol ?), Steevio est devenu un as avec un corps sculptural qui faisait oublier cette peau un peu boursouflée. De la salsa et du merengue. Mais ça ne plaisait pas à son père, Rodriguo, qui trouvait que tout cela faisait quand même un peu PD et qui aurait préféré que son fils devienne un homme, un vrai. Un maçon par exemple (quand je disais que ce texte regorgerait de clichés).

Mais il n’y pouvait rien Steevio. D’ailleurs, pédé, c’est ce qu’il était (bah oui franchement. Comment ne peut-on pas l’être quand on est prof de danse et que l’on ressemble à Steevy…). Il ne pouvait se résoudre à quitter ses chaussons pour devenir maçon (ahahaha).

Rodriguo finit par mettre Steevio à la porte (n’est pas Billy Eliott qui veut). Seul, désemparé, abandonné, Steevio n’avait plus que son talent, sa soif de réussite et sa pugnacité pour s’en sortir. Un soir, dans un bar gay où passait YMCA (je vous ai dit que ce texte regorgeait de clichés au fait ?), Steevio se fit aborder par un gars moustachu et velu qui l’avait remarqué danser. Il avait besoin d’un danseur comme lui. Il montait justement un spectacle de danses latines en Suisse. S’il y allait, Steevio rencontrerait la célébrité, c’est sûr (franchement, je ne vois aucune autre explication plausible à la venue de Steevio en Suisse).

Steevio est parti, faisant danser les vieilles rombières sur un paquebot qui traversait l’Atlantique pour payer son trajet.

Mais évidemment, c’était une vaste supercherie. A Zurich, personne ne l’attendait. Il ne pouvait rentrer chez lui, au Chili du Mexique. Alors il est resté. Le marché de la danse étant saturé, il a suivi une rapide formation de zumba qu’il avait gagnée à une pêche aux cadeaux et depuis, dans divers clubs de sport de la région, il officie en tant qu’instructeur.

Pour lui, c’est une véritable souffrance de voir toutes ces bourgeoises, rigides et stressées, saccageant les chorégraphies pourtant enfantines qu’il a dû mettre au point pour elles. Steevio est un esthète, il souffre de voir ces déplacements lourds et disgracieux, ces filles qui viennent là pour le sport et non pour l’art. Alors, il se regarde dans la glace. Et il a certainement raison, car c’est certainement ce qu’il y a de plus harmonieux dans cette salle.

Cependant, une fois le cours fini, délivré de ce massacre artistique qui le fait souffrir jusque dans les tréfonds de son âme, Steevio oublie son amertume et son dégoût et nous salue d’un “Ciao” tout sourire.

Il essaie d’oublier que, la semaine prochaine, il faudra recommencer…

Le mardi, c’est Zumba…

et le jeudi, samedi voire vendredi aussi. Autrement dit, ça peut me donner des idées d’articles marronniers…

Changer de pays, c’est un peu devenir Rémi : plus trop de famille, pas trop d’amis. Alors quand une stagiaire quasi autant déracinée que moi m’a proposé d’aller à mon club de sport habituel pour tester un cours, j’ai dit : oui ! Et, après avoir hésité parmi les différents cours proposés au nom aussi mystérieux que barbare, c’est comme ça que l’on s’est retrouvé au cours de zumba.

La zumba est présentée comme “des mouvements d’aérobic sur des musiques latines”. C’est bizarre, quand l’on me parle d’aérobic, je pense immédiatement à Véronique et Davina. Enfin bref…
Pour les musiques latines, cela dépend. Mais l’on est généralement plus dans Shakira que dans de la salsa strico sensu. Mais selon les professeurs, l’on peut également avoir du reggeaton, de la musique des 80′s genre Fame (et retour de Véronique et Davina) ou du pseudo hip hop.
Pour les mouvements d’aérobic, c’est pas faux. Pour se donner une idée, ça ressemble aux chorégraphies des clubs de vacances mais en plus sportif (et Dieu seul sait que dans la famille, de génération en génération, on aime les chorégraphies de club de vacances). En fonction de la musique, il y a des pas de salsa, de mambo, de hip-hop, … Une sorte de grand tout qui donne des chorégraphies sympa mais efficace. Qui permettent à la fois de se muscler (un peu) et de se défouler (beaucoup).

Ma stagiaire est repartie dans ses contrées et m’a abandonnée à mon triste sort. Après avoir eu l’air d’une dinde boiteuse pendant trois-quatre cours, j’ai pris le coup, le rythme et de plus en plus de plaisir.
Après près de deux mois, mon bilan ? Toujours autant de plaisir. Certainement un corps un peu plus tonique et surtout un rapport beaucoup plus décomplexé à la danse et à moi-même. Faut dire que la dinde boiteuse des premiers jours ne doit pas y être étrangère. Surtout quand certains pas ressemblent à des sauts de crapaud épileptique. Le ridicule n’a pas tué.

Parfait donc pour transformer le ridicule en… ridicule rythmé !

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