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Archives de la Catégorie Mon corps bouge

“Tu crois pas que tu en fais trop”

« Tu crois pas que tu en fais trop ? », c’est ce que m’a dit ma collègue quand je lui ai fait part de ma satisfaction de voir la fin des vacances scolaires, et donc la reprise de mes entraînements d’escrime, cqfd.
Entendons-nous bien, je n’en fais pas « trop » au sens objectif du terme : deux fois deux heures (bière incluse) par semaine, ça ne fait pas de moi une sportive de haut niveau à proprement parler.
Et je ne pense pas en faire « trop » au sens émotionnel du terme : le lundi et le jeudi, j’ai certes la pêche en pensant à mon entraînement du soir, mais je ne saute pas non plus frénétiquement dans le bureau en hurlant la chanson du gentil escrimeur. Je savoure de l’intérieur.

Et puis, qu’est-ce qu’en faire trop ? Au contraire, quand on aime, on en fait jamais assez. Pourtant, je ne suis pas d’un naturel très expansif. Pas de crise de jalousie si l’homme rentre trop tard ; pas de remise en cause teintée de dépression si l’on me fait une remarque au boulot ; pas de dramatisation quand mes ganglions doublent de volume. Bref, je suis en fait plutôt mesurée comme fille.

Sauf quand il s’agit de sport.
Ou plutôt : sauf quand il s’agit d’un sport auquel j’accroche.

J’ai tenté le judo et la boxe par exemple. J’ai fait mes entraînements, mais sans plus. Je pouvais même en louper quelques uns.

Mais petite, j’ai fait de l’équitation. Dans un vieux moulin en Belgique, tout un poème. Durant les premiers temps, il n’y avait pas de manège couvert. Alors, quand il faisait vraiment trop dégueulasse (et dans les Ardennes, il peut faire souvent trop dégueulasse), les leçons étaient annulées. Et moi, j’allais me cacher pour pleurer quand je l’apprenais. Ou je priais quand je voyais que le temps était changeant.
Après, il y a eu le tennis.
J’en avais déjà fait jeune et j’aimais ça, assez pour faire des matches le week-end. Et puis, il y a eu ce déménagement et un nouveau club. Où, petit à petit, je me suis fait ma place, des amis. Plusieurs entraînements par semaine, des matches de temps à autre, des stages en été, des après-midis passés au club.
Et maintenant, il y a l’escrime. Un sport intense et exigent. De la technique et du « vas-y comme je te pousse ». Des rires, beaucoup. Des bleus, autant. Et de temps en temps, la bière d’après prise dans une taverne grecque qui s’appelle le « Beaujolais nouveau » (si c’est pas concept ça). Alors deux fois par semaine, c’est escrime. Quasi instinctivement.

Je recherche pas la performance. Je n’y vais pas pour être bonne, je commence à être bonne à force d’y aller.
Sans jamais avoir l’impression « d’en faire trop ». Jamais.

Au fait, mis à part ça, je me suis inscrite à une Zumba-Party : trois heures de zumba dans la soirée d’un vendredi…

Je suis sale mais je me maquille

Que ce soit en France ou en Suisse, il y a un comportement qui m’a toujours sidérée : les filles ultra pomponnées, ultra maquillées, ultra apprêtées, ultra lookées mais… sales.

Dans les salles de sport que j’ai fréquentées, j’ai toujours trouvé des spécimens du genre : la nana, généralement jeune, portant une tenue qui laisse voir son ventre ou qui souligne ses fesses ou les deux, arrive dans les vestiaires toute transpirante. Jusque là, rien de spécial à signaler. Elle se désappe. Et remet ses fringues direct. Parfois avec du déo pour faire bonne mesure.
Après, tant qu’à faire, elle refait son brushing et rajoute une couche de fond de teint, remet du blush et un dernier coup de mascara. Et se regarde avec satisfaction dans le miroir.

Ca me sidère complètement. Déjà parce que le meilleur moment d’après le sport, c’est justement la douche. Et ça doit d’ailleurs être le moment que doivent également préférer ceux que je croise ensuite dans les transports en commun.
Ensuite parce qu’être propre, c’est la base. Et être maquillée, c’est du superflu. Et faire passer le superflu avant la base, ça me semble tout simplement hallucinant. Autant mettre de la crème hydratante sur une jambe de bois vermoulue.

C’est là qu’on se dit que finalement, Versailles n’est pas si loin…

La vie rêvée de… Steevio

Le vendredi, c’est Zumba aussi.

Mais le vendredi, c’est Zumba avec Steevio.

Steevio est donc un prof de zumba. Steevio ne s’appelle pas Steevio, mais comme il a l’air de venir d’Amérique du Sud et qu’il ressemble à Steevy Boulay, pour moi, c’est Steevio.

…..

Steevio vient d’une famille modeste d’Amérique du Sud (Mexique, Chili, j’ai pas encore décidé). Petit, il avait déjà la charge de ses huit frères et sœurs qu’il devait surveiller pendant que ses parents travaillaient à l’usine de tortillas du coin (ce texte sera plein de clichés, sauras-tu les reconnaître ?). Il s’acquittait consciencieusement de sa tâche, mais un jour, un moment d’inattention, un seul, et une casserole d’eau bouillante lui est tombée dessus. Et comme ses parents étaient pauvres, il ne put pas être correctement soigné (en même temps, pauvres ou riches, les cicatrices de brûlure, on peut pas y faire grand chose). Steevio, sous sa croix en or et sur son torse imberbe, il a encore les cicatrices de ce jour maudit. Ce jour où tout a changé pour lui.

Ne supportant pas ces traces qu’il jugeait disgracieuses, Steevio a décidé de compenser par la danse. C’est devenu sa raison de vivre. A force d’effort et de sueur dans une petite cave de Brasilia (comment ça c’est pas possible si Steevio parle espagnol ?), Steevio est devenu un as avec un corps sculptural qui faisait oublier cette peau un peu boursouflée. De la salsa et du merengue. Mais ça ne plaisait pas à son père, Rodriguo, qui trouvait que tout cela faisait quand même un peu PD et qui aurait préféré que son fils devienne un homme, un vrai. Un maçon par exemple (quand je disais que ce texte regorgerait de clichés).

Mais il n’y pouvait rien Steevio. D’ailleurs, pédé, c’est ce qu’il était (bah oui franchement. Comment ne peut-on pas l’être quand on est prof de danse et que l’on ressemble à Steevy…). Il ne pouvait se résoudre à quitter ses chaussons pour devenir maçon (ahahaha).

Rodriguo finit par mettre Steevio à la porte (n’est pas Billy Eliott qui veut). Seul, désemparé, abandonné, Steevio n’avait plus que son talent, sa soif de réussite et sa pugnacité pour s’en sortir. Un soir, dans un bar gay où passait YMCA (je vous ai dit que ce texte regorgeait de clichés au fait ?), Steevio se fit aborder par un gars moustachu et velu qui l’avait remarqué danser. Il avait besoin d’un danseur comme lui. Il montait justement un spectacle de danses latines en Suisse. S’il y allait, Steevio rencontrerait la célébrité, c’est sûr (franchement, je ne vois aucune autre explication plausible à la venue de Steevio en Suisse).

Steevio est parti, faisant danser les vieilles rombières sur un paquebot qui traversait l’Atlantique pour payer son trajet.

Mais évidemment, c’était une vaste supercherie. A Zurich, personne ne l’attendait. Il ne pouvait rentrer chez lui, au Chili du Mexique. Alors il est resté. Le marché de la danse étant saturé, il a suivi une rapide formation de zumba qu’il avait gagnée à une pêche aux cadeaux et depuis, dans divers clubs de sport de la région, il officie en tant qu’instructeur.

Pour lui, c’est une véritable souffrance de voir toutes ces bourgeoises, rigides et stressées, saccageant les chorégraphies pourtant enfantines qu’il a dû mettre au point pour elles. Steevio est un esthète, il souffre de voir ces déplacements lourds et disgracieux, ces filles qui viennent là pour le sport et non pour l’art. Alors, il se regarde dans la glace. Et il a certainement raison, car c’est certainement ce qu’il y a de plus harmonieux dans cette salle.

Cependant, une fois le cours fini, délivré de ce massacre artistique qui le fait souffrir jusque dans les tréfonds de son âme, Steevio oublie son amertume et son dégoût et nous salue d’un “Ciao” tout sourire.

Il essaie d’oublier que, la semaine prochaine, il faudra recommencer…

Le mardi, c’est Zumba…

et le jeudi, samedi voire vendredi aussi. Autrement dit, ça peut me donner des idées d’articles marronniers…

Changer de pays, c’est un peu devenir Rémi : plus trop de famille, pas trop d’amis. Alors quand une stagiaire quasi autant déracinée que moi m’a proposé d’aller à mon club de sport habituel pour tester un cours, j’ai dit : oui ! Et, après avoir hésité parmi les différents cours proposés au nom aussi mystérieux que barbare, c’est comme ça que l’on s’est retrouvé au cours de zumba.

La zumba est présentée comme “des mouvements d’aérobic sur des musiques latines”. C’est bizarre, quand l’on me parle d’aérobic, je pense immédiatement à Véronique et Davina. Enfin bref…
Pour les musiques latines, cela dépend. Mais l’on est généralement plus dans Shakira que dans de la salsa strico sensu. Mais selon les professeurs, l’on peut également avoir du reggeaton, de la musique des 80′s genre Fame (et retour de Véronique et Davina) ou du pseudo hip hop.
Pour les mouvements d’aérobic, c’est pas faux. Pour se donner une idée, ça ressemble aux chorégraphies des clubs de vacances mais en plus sportif (et Dieu seul sait que dans la famille, de génération en génération, on aime les chorégraphies de club de vacances). En fonction de la musique, il y a des pas de salsa, de mambo, de hip-hop, … Une sorte de grand tout qui donne des chorégraphies sympa mais efficace. Qui permettent à la fois de se muscler (un peu) et de se défouler (beaucoup).

Ma stagiaire est repartie dans ses contrées et m’a abandonnée à mon triste sort. Après avoir eu l’air d’une dinde boiteuse pendant trois-quatre cours, j’ai pris le coup, le rythme et de plus en plus de plaisir.
Après près de deux mois, mon bilan ? Toujours autant de plaisir. Certainement un corps un peu plus tonique et surtout un rapport beaucoup plus décomplexé à la danse et à moi-même. Faut dire que la dinde boiteuse des premiers jours ne doit pas y être étrangère. Surtout quand certains pas ressemblent à des sauts de crapaud épileptique. Le ridicule n’a pas tué.

Parfait donc pour transformer le ridicule en… ridicule rythmé !

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