Aujourd’hui, entre deux traductions, j’ai survolé HC et vu pas mal d’articles où les filles racontaient le rapport qu’elles entretenaient à leur corps. Souvent touchant. Après avoir démêlé le pourquoi du comment, je m’y suis arrêtée. Parce que j’ai toujours trouvé cette problématique particulièrement intéressante. Au delà de ma perception personnelle, je trouve fascinant que l’on parle du corps de l’on a alors que l’on est ce corps. Fascinant la faculté de se mettre à distance de ce qui est pourtant nous. Fascinant notre difficulté, souvent, à se l’approprier, à s’y reconnaître, à le faire sien.
Beaucoup ont parlé de leurs complexes, de ce qu’elles aimaient dans leur corps, de ce qu’elles aimaient moins.
Je suis assez mal à l’aise avec cette démarche de recensement car aucune des parties de mon corps que je pourrais mentionner ne me permettrait d’exprimer le rapport que j’ai à mon corps. J’ai eu des complexes bien sûr, mais mes complexes physiques ne furent rien à côté de mes complexes intellectuels. Avec le temps, j’ai réussi à concevoir mon corps comme un tout, à apprivoiser ce que j’aimais le moins, à me concentrer sur ce que je préférais. A me consoler aussi en disant que si la pièce n’était pas bonne, peut-être ce qui en émanait était plus agréable.
Quand j’étais petite, mon corps n’était que ce qui me permettait de courir, de sauter, de faire du roller ou de monter dans les arbres. Je n’ai pas le souvenir d’avoir eu un corps sexué, ce qui est généralement le propre de l’enfance. J’ai été considérée, souvent, comme une personne et non comme une fille, ce qui, je pense, fut une chance. La puberté m’a rattrapée, mais j’ai continué à être considérée par mes amis-à-la-mort-à-la-vie, comme une personne, voire comme un pote, mais pas comme une fille.
Parallèlement, j’avais toujours des idées, des modèles et des envies de femmes très femmes. Très féminines. Très sensuelles. Très sexualisées.
Pendant longtemps, ma réflexion était la suivante : comment faire de mon corps de femme un corps de femme ? D’où la coquetterie, les heures passées à assortir mes habits, la recherche de la coiffure, les tentatives de maquillage, … Tout cela, pour moi, c’était une élucidation ludique de moi-même, une tentative de faire coïncider le moi intérieur avec le moi extérieur.
D’ailleurs, dans ce processus, ce n’est pas toujours l’esprit (pour la faire rapide) qui entend modeler le corps… juste une tentative de surmonter cette dualité.
Je rapprocherais ce rapport que j’entretiens à mon propre corps de mon intérêt pour le dandysme. Daniel Salvatore Schiffer a intitulé l’un des ses ouvrages que je brûlerais de lire Le Dandysme ou la création de soi où il explique que le soin que les dandies, fussent-ils Brummel, Wilde ou Baudelaire (pour ne citer que les plus connus), portent à leur allure correspond à “une métaphysique de la résistance à la laideur démocratique et au conformisme bourgeois, une tentative souvent pathétique de faire de soi une œuvre d’art à défaut d’en créer”.
Il faut danser sa vie, disait Nietzsche.
A défaut de réussir à danser ma vie (tout au plus se trémousse-t-elle un peu), j’essaie, bien vainement, de faire de mon corps, de mon allure, de ma mise, la manifestation de mon esprit, si tant est que j’en sois pourvue.
Inutile de vous dire, après la lecture de ce post pompeux, que j’ai un physique des plus assommants
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