Flux RSS

Archives de la Catégorie Je suis esprit aussi

Longtemps, je me suis couchée de bonne heure…

Ou pas. Plutôt pas d’ailleurs.

Aussi loin que je m’en souvienne, je me suis couchée tard. Ou du moins, ai aimé me coucher tard.
Je ne reviendrai pas sur la conception toute personnelle du sommeil que j’avais bébé. Je laisse ce souvenir éprouvant à ceux qui l’on vécu. En revanche, je me souviens que petite déjà, je me couchais un peu tard. Peut-être pas en fait. Mais au moins, dans mes souvenirs. Je me souviens des émissions regardées avec ma mère sur le canapé. Quasi toujours les programmes de la première partie de soirée. Parfois, mais très rarement, ceux de la seconde partie. J’aimais ces moments où le temps était suspendu, où j’accédais au monde des adultes, où je restais seule avec ma mère.

Au fur et à mesure du temps qui passait, je me couchais de plus en plus tard. Rarement avant la fin de la deuxième partie de soirée. Je regardais la télé souvent, mais restais rarement passive devant : je faisais du sport, je réglais mes devoirs, j’écrivais mon journal intime, … Parfois, je lisais. Mais rarement. Je lisais beaucoup, mais plutôt en journée.

Et puis la prépa est arrivée et mon rythme s’est totalement emballé. La charge de travail à assumer, les heures de sommeil indispensables à ma récupération, ma prédilection pour le soir, … tout cela donnait une équation bien difficile à régler. Je faisais souvent une sieste en fin d’après-midi, après les cours. Puis je passais quelque temps en famille puis travaillais. Parfois jusqu’à tard dans la nuit. Parfois toute la nuit. Me rattrapant souvent le week-end.
J’ai tenu trois ans.

Arrivée à Paris, seule dans mon appart’, avec un rythme de travail beaucoup moins intense (et c’est un euphémisme), tout fut possible : les nuits blanches,  les grasses mat’, les nuits passées devant Dr House, les nuits passées à lire, … Mais moins chaotique, car les années de prépa m’avaient mise sur les rotules.

Maintenant, bon gré mal gré, je me fais au rythme d’une vie de bureau. Mais je sens bien que ce n’est pas le mien. Je me couche relativement tôt, trop tôt à mon goût. Je me lève relativement tôt, trop tôt à mon goût. Avec irrémédiablement un monstre coup de pompe l’après-midi. Et irrémédiablement un regain d’énergie le soir.

Précisément à ce moment auquel j’écris.

Le défi du lundi : le corps de Mademoiselle K

Aujourd’hui, entre deux traductions, j’ai survolé HC et vu pas mal d’articles où les filles racontaient le rapport qu’elles entretenaient à leur corps. Souvent touchant. Après avoir démêlé le pourquoi du comment, je m’y suis arrêtée. Parce que j’ai toujours trouvé cette problématique particulièrement intéressante. Au delà de ma perception personnelle, je trouve fascinant que l’on parle du corps de l’on a alors que l’on est ce corps. Fascinant la faculté de se mettre à distance de ce qui est pourtant nous. Fascinant notre difficulté, souvent, à se l’approprier, à s’y reconnaître, à le faire sien.

Beaucoup ont parlé de leurs complexes, de ce qu’elles aimaient dans leur corps, de ce qu’elles aimaient moins.
Je suis assez mal à l’aise avec cette démarche de recensement car aucune des parties de mon corps que je pourrais mentionner  ne me permettrait d’exprimer le rapport que j’ai à mon corps. J’ai eu des complexes bien sûr, mais mes complexes physiques ne furent rien à côté de mes complexes intellectuels. Avec le temps, j’ai réussi à concevoir mon corps comme un tout, à apprivoiser ce que j’aimais le moins, à me concentrer sur ce que je préférais. A me consoler aussi en disant que si la pièce n’était pas bonne, peut-être ce qui en émanait était plus agréable.

Quand j’étais petite, mon corps n’était que ce qui me permettait de courir, de sauter, de faire du roller ou de monter dans les arbres. Je n’ai pas le souvenir d’avoir eu un corps sexué, ce qui est généralement le propre de l’enfance. J’ai été considérée, souvent, comme une personne et non comme une fille, ce qui, je pense, fut une chance. La puberté m’a rattrapée, mais j’ai continué à être considérée par mes amis-à-la-mort-à-la-vie, comme une personne, voire comme un pote, mais pas comme une fille.
Parallèlement, j’avais toujours des idées, des modèles et des envies de femmes très femmes. Très féminines. Très sensuelles. Très sexualisées.
Pendant longtemps, ma réflexion était la suivante : comment faire de mon corps de femme un corps de femme ? D’où la coquetterie, les heures passées à assortir mes habits, la recherche de la coiffure, les tentatives de maquillage, … Tout cela, pour moi, c’était une élucidation ludique de moi-même, une tentative de faire coïncider le moi intérieur avec le moi extérieur.
D’ailleurs, dans ce processus, ce n’est pas toujours l’esprit (pour la faire rapide) qui entend modeler le corps… juste une tentative de surmonter cette dualité.

Je rapprocherais ce rapport que j’entretiens à mon propre corps de mon intérêt pour le dandysme. Daniel Salvatore Schiffer a intitulé l’un des ses ouvrages que je brûlerais de lire Le Dandysme ou la création de soi où il explique que le soin que les dandies, fussent-ils Brummel, Wilde ou Baudelaire (pour ne citer que les plus connus), portent à leur allure correspond à “une métaphysique de la résistance à la laideur démocratique et au conformisme bourgeois, une tentative souvent pathétique de faire de soi une œuvre d’art à défaut d’en créer”.
Il faut danser sa vie, disait Nietzsche.
A défaut de réussir à danser ma vie (tout au plus se trémousse-t-elle un peu), j’essaie, bien vainement, de faire de mon corps, de mon allure, de ma mise, la manifestation de mon esprit, si tant est que j’en sois pourvue.

Inutile de vous dire, après la lecture de ce post pompeux, que j’ai un physique des plus assommants :)

Je suis une fille coincée

La semaine dernière, je suis sortie boire un dernier verre avec une collègue de travail du genre brut de décoffrage. Après avoir charmé un serveur pour avoir le droit à un peu plus de vin (ce qui a marché), elle m’a demandé si moi aussi, il m’arrivait de flirter gentiment avec des hommes, comme ça, pour la légèreté,  pour passer le temps.
Ma réponse fut catégorique : non.
Elle m’a demandé si c’était Monsieur L. qui exerçait une sorte de pression sur moi pour que je m’interdisse, selon elle, de flirter.
Même pas. Je suis binaire : je suis en couple, je ne flirte pas ; je ne suis pas en couple, je flirte. Respect envers Monsieur L. bien sûr. Mais surtout envers moi. Pire que ça : je ne me force même pas, ça ne m’intéresse pas.  Et même, la vue d’une double vie et d’une certaine hypocrisie me fatigue à l’avance.

C’est dit, je suis sinistre.

Je crois que je l’ai toujours été. Plus jeune, je me suis forcée à avoir l’air cool, mais force est de constater que ce n’est pas moi.

Je suis pas le genre à danser dans un bar. Je n’aime pas mettre des vêtements bariolés, parler fort, rire bruyamment. Il y a des adolescentes, généralement en groupe, qui habitent largement l’espace. Souvent, elles m’énervent. Il y a des femmes qui prennent possession de l’endroit dans lequel elles arrivent, virevoltant d’une personne à l’autre dans un dîner, se déchaînant sur la piste. Parfois, je les admire.
Mais moi, je n’aime pas me donner en spectacle.

Parfois, on me présente des plans, à la limite du légal mais qui me procureraient frissons, adrénaline ou avantages.  La plupart du temps, je refuse. Même pas par peur. A peine par principe. Mais simplement parce que  toutes ces magouilles me fatiguent d’avance.

L’on me propose une soirée bidule-truc soit-disant trop fun, je suis capable de refuser pour rentrer tranquillement chez moi.

Mais je suis capable de veiller jusqu’à l’aube lors d’une bonne soirée entre amis. Durant les repas de famille, je suis généralement en permanence sur la piste de danse. Je n’ai aucun problème à mener une présentation devant une assemblée. Et dans les différents groupes que je fréquente, je suis toujours intégrée et souvent au centre.

Mais je suis coincée, naturellement coincée.
Straight, sans la dimension homosexuelle, comme on le disait à un moment.

Mais dans cette société où l’on prône la coolitude, je ferais presque figure d’originale …

 

Cachez-moi cet appareil ménager que je ne saurais voir…

Il  y a quelques jours, j’ai lu cet article et j’ai ri. Et puis, je me suis arrêtée de rire. Parce que je me suis rendue compte que je ne riais certainement pas de la même chose que les autres lectrices.
Qui avaient l’air, en majorité si l’on se fie aux commentaires, de se réjouir de l’habilité avec laquelle l’auteur avait peint ce relent de machisme enfoui dans chaque homme tout en y allant de sa petite expérience sur le thème. Relent de machisme enfoui. Vous savez, ce vieil instinct immonde qui fait que l’homme peut faire la vaisselle, la lessive, passer l’aspirateur, faire les courses et la cuisine, s’occuper des enfants tout en massant les pieds de sa dulcinée, s’il a le malheur de reluquer une fille dans la rue ou de demander à sa compagne de lui remonter une bière de la cave, c’est bien le signe que le sexe masculin est irrécupérable et incontestablement sur terre pour le malheur de la femme.
Zemmour avait dernièrement dit que le diable avait changé de sexe et que maintenant, tout ce qui est viril (réellement ou de façon fantasmée) était diabolisé. Je crois qu’il a raison.

En lisant ce billet, j’ai ri car je l’ai lu comme une caricature de ce féministe mou mais virulent qui est assez répandu en ce moment. Et au-delà, de cette capacité (oserai-je innée) chez la femme de chercher la petite bête (si possible testostéronnée) partout.
Car il ne vaudrait surtout pas que cela soit simple. Il ne faudrait pas se contenter d’une réponse qui se veut somme toute gentille à la demande que l’on a exprimée. Il ne faudrait pas se contenter non plus, si la réponse gentille ne nous a pas plu, d’expliquer simplement le pourquoi du comment sans faire resurgir les vieilles luttes féministes qui sont maintenant plus des réflexes qu’un véritable combat.
Insatisfaction.
Insatisfaction de la femme devant l’homme, trop faillible, toujours faillible.
Insatisfaction de la personne qui attend qu’un cadeau soit pour son usage propre et certainement pour une activité dont d’autres profiteraient.
Insatisfaction de l’objet choisi qui mettrait en exergue l’un des rôles possibles de la femme, celui de gardienne du foyer. Mais n’aurait-ce pas été pire si l’homme lui avait offert maquillage, vêtements ou, horreur, lingerie, la cantonnant ainsi au statut de femme objet, superficielle, unique objet de désir. Livres, CD et DVD pour tout le monde !

J’ai grandi dans une famille où le père travaillait et la mère s’occupait des enfants, de la maison, du ménage, de la famille, bref de tout le reste. Où le père ne savait pas comment fonctionnait une machine à laver et où la mère entretenait une relation privilégiée avec la chair de sa chair et le sang de son sang. Où le père demandait une perceuse pour son anniversaire bien qu’il ait horreur du bricolage et où la mère réclame depuis des lustres un panier de cocotte-minute pour son Noël. Où tous deux versaient généralement l’argent qu’ils avaient reçu en cadeau dans le budget commun visant à faire tourner la baraque.
C’était ni bien ni mal ; c’était comme ça. Dans une sorte d’équilibre qui fonctionne maintenant depuis plus de trente ans.

Personnellement, si Monsieur L. m’offrait un mixer ou un autocuiseur, je me marrerais. Et si je devais lui en vouloir, ce n’est pas de m’avoir prise pour une de ces gourdasses-tellement-soumises-qu’elles-ne-pensent-à-rien-d’autre-qu’à-nourrir-leur-famille (franchement…), mais de n’avoir pas remarqué en bientôt sept ans de relation que je suis tellement le Joël Robuchon des cuisines qu’une poêle et une casserole suffisent à mon bonheur. Quand je dis que je suis une fille simple.
Je crois que je rigolerais certainement autant qu’au Noël de mes 23 ans où il m’avait offert un ensemble de soins anti-rides profondes sur les conseils de la vendeuse :) .

A vrai dire, je me sens assez proche des réflexions de ce blog sur la question. Je ne crois pas qu’il y ait une bonne façon d’être homme ou femme. Je prends aussi les gentilles intentions pour ce qu’elles sont, refusant de me laisser happer par un réflexe auquel je devrais adhérer par le seul fait de mon sexe.
Je ne m’engage pas dans une guérilla qui me semble renier par son existence même le principe d’égalité (dans la différence) qu’elle prétend défendre.
Bref, je suis une personne, sur ce point, relativement simple. Voire simpliste. Voire primaire.

Mon côté masculin sans doute….

 

P.S. Dans cet article, je ne fais part que de mes réflexions à la lecture d’un article qui, je le sais bien, se veut léger et humoristique. L’image caricaturale de la féministe que je brosse n’est nullement celle de l’auteur du blog, évidemment bien plus complexe, ni celle  de ses lectrices.

1515 ? Marignan !

Bon, il commence à être un peu trop question de rapports futiles et complexes à ma petite personne, de fringues et de soins. Et comme je n’ai qu’un nombril, que j’achète beaucoup moins de vêtements qu’à un moment et que je me lave et me maquille quasi tous les jours de la même façon, ça tourne déjà court.

Pratiquons la technique de l’ouverture, ainsi que je l’ai traduit dans la présentation de la journée des cadres de mon entreprise.
Elargissons nos horizons…

Et voici venir aujourd’hui Franck Ferrand.
Inattendu n’est-ce pas ?

A la maison, l’on écoutait toujours la radio au moment des repas. Souvent France Info avec ses flashs en continu qui sont un peu le « Ô temps, suspens ton vol » radiophonique. Parfois France Inter, parce qu’en Bretagne, on serait devenu dingue à écouter toute la journée France Info. Et généralement juste après le repas, y’avait 2 000 ans d’histoire.

J’adorais cette émission. Bien sûr, Gélinet faisait parfois preuve de bien-pensance un peu trop téléguidée (« Bouh, l’esclavage, c’est mal », « Bouh, les nazis, ce sont des méchants »). Mais c’était quand même des émissions de qualité, avec généralement des invités remarquables. En trente minutes, la possibilité de se faire une idée précise d’un sujet ou de l’évolution d’un fait ou du déroulement d’un événement. Bref, j’étais fan et j’écoutais religieusement l’épisode de la veille que j’avais podcasté pour occuper mes trajets de train.

Autant dire que j’ai pleuré des larmes de sang quand j’ai appris que l’émission s’arrêtait.

J’ai encore plus pleuré après avoir écouté pendant quelques semaines l’émission La Marche de l’histoire de Lebrun qui était censée remplacer mes 2 000 ans chéris. Aucune structure dans les présentations, l’impression d’assister à des conversations pompeuses et ronflantes sur des sujets souvent trop modernes pour m’intéresser. Des envolées pseudo-lyriques desquelles il ne me restait rien. Bref. La déception.

Je suis donc partie à la recherche d’émissions d’histoire à podcaster qui pourraient m’intéresser. Au fil de mes pérégrinations, j’en ai retenu deux. La première, c’est les Lundis de l’histoire du France Culture. Des sujets généralement intéressants, des intervenants d’exception. Mais faut quand même être dans une sacrée forme pour suivre une heure d’entretien sur « Les Dynasties normandes » ou « La réforme grégorienne au Moyen-Âge ». Au petit-déj’, c’est hard. Après une journée de labeur, faut s’accrocher. J’ai parfois l’impression d’être devant la blague du médaillon d’Isis Novnak en 1505. Ceci dit, ces émissions sont d’une qualité et d’une érudition incroyables et, quoi que j’en dise, quand même accessibles.

La seconde, et certainement ma préférée (parce que j’ai quand même le neurone paresseux), c’est Au cœur de l’histoire, justement présentée par Franck Ferrand (on y revient). Des sujets passionnants (derniers en date: « Le Grand Dauphin », « Le radeau de la Méduse »), finement traités. Présentés de manière claire et structurée. Des invités des plus intéressants (rhhhaaaa Jean des Cars…). Un rien d’humour. Pas de bons sentiments anachroniques. Une énergie de ton et d’esprit. Une vraie bouffée de culture légère et vivifiante. La structure de l’émission est toujours la même : 35 minutes environ réparties en deux temps : tout d’abord une présentation remarquablement narrée de Franck Ferrand qui nous permet de goûter le thème abordé puis un entretien avec un spécialiste de la question afin d’approfondir certains points. Un mélange des genres des plus pertinents, permettant d’avoir à la fois le romanesque et l’analyse, la narration et le dialogue, la vue d’ensemble et la plongée dans le détail. L’Histoire avec un grand H mais dans tous les sens du terme.

Pour aller plus loin que « 1515 ? Marignan ! », nous avons donc :

Les Lundis de l’histoire, c’est ici.

Au Cœur de l’histoire, c’est .

Et le Blog 2 000 ans d’histoire, l’entreprise généreuse d’un passionné vraisemblablement aussi déçu que moi par Lebrun.

Suivre

Get every new post delivered to your Inbox.