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Archives mensuelles : décembre 2011

Les temps troubles de la fin d’année

Pas d’articles en ce moment…
mais pas vraiment de temps non plus.

Enormément de travail.
Des repas de Noël qui sont un peu une spécialité suisse : des repas de Noël de l’équipe de travail, des petits-déj’ de Noël par le service entier, des dîners de Noël avec l’escrime, etc.
Un petit séjour à Nice où il faisait 20°.

Un colis de cadeaux à préparer.

Un voyage à organiser.

Mais je suis encore en vie

Au moins jusqu’au début de l’année prochaine…

Une autre nativité…

En revenant de l’escrime, je suis tombée sur cette librairie avec, en vitrine, des livres qui proposaient leur vision bien à eux de la nativité

“Marie, la demi-pension, c’était fini !”

“Joseph, c’est une fille !”

“Joseph, moins fort la musique !”

Et mon préféré

“Joseph, dis leur qu’on achètera rien”

Forcément…

Le douloureux problème de la confiance en soi

Hier, je suis allée picoler du vin rouge chez ma collègue qui est aussi, accessoirement, mon amie et qui a mis bas il y a un peu plus d’un mois un petit humain qui semble très bien comme il faut au premier abord. On est une équipe de trois filles, alors évidemment, quand deux d’entre elles se retrouvent, elles parlent entre autres de la troisième.

Ma collègue et moi, on est du genre grandes. Grandes et autonomes. Du genre qui prend de la place, qui dit ce qu’il pense et qui serrent les poings au lieu de fondre en larmes. On est des filles solides, physiquement et mentalement.

Alors que de la troisième fille, beaucoup de gens disent qu’elle n’a « pas confiance en elle ».

Et là, avec ma collègue, on s’est insurgée, avec nos grandes gueules, sur ce fameux « elle n’a pas confiance en elle ». Ce « elle n’a pas confiance en elle » (qui marche aussi au masculin et/ou au pluriel) que l’on nous ressort à toutes les sauces, tout le temps, dans tous les cadres. Et qui sonne comme l’explication ou l’excuse suprême. Il est agressif ? Rho, mais tu sais, il n’a pas vraiment confiance en lui. Elle n’a pas pu lire le petit texte d’hommage prévu à l’enterrement de sa grand-mère ? C’est pas de sa faute, elle n’a pas confiance en elle.

Et réciproquement : Rho, pour toi, c’est facile d’aller parler à de nouvelles personnes. Tu as tellement confiance en toi. Avec toi, je sais que je peux y aller franchement avec les critiques. Tu as tellement confiance en toi.

On picolait et l’on se demandait si l’on avait vraiment confiance en nous. Si l’on avait plus confiance en nous que d’autres. Si la confiance en soi était la chose du monde la moins bien partagée.

On picolait et je me sentais conne devant mon verre de vin rouge.

Parce que parler de ma soi-disant confiance en moi, c’est aussi parler de ma totale non-confiance en moi. C’est avouer que non, rien ne va jamais de soi. Que c’est toujours prendre sur soi que d’aller parler à quelqu’un que l’on ne connaît pas, d’essayer de s’intégrer à un nouveau groupe, de passer un entretien professionnel, de juste envoyer sa candidature ou de partir à l’autre bout de l’Europe. On sourit, on fait la fille à l’aise, mais finalement, notre panique est à la hauteur de notre sourire et de notre détachement apparent.

On ne craque pas devant les critiques, parce que craquer serait le risque de montrer l’abîme que l’on a en nous. Ce vide tellement grand qui nous habite que l’on mure autour de pierres de « confiance en soi » pour ne pas y tomber.

La « confiance en soi », c’est une question de pudeur.

C’est la décision assumée de ne pas montrer ses failles, de ne pas se montrer faible, de ne pas se montrer sensible. Pour ne pas déranger. Pour ne pas gêner. Parce qu’aussi l’on est parfaitement conscient que cet inconfort est certainement le lot de tous et que l’on ne voit pas pourquoi l’on viendrait faire porter ce fardeau à d’autres qui ont déjà le leur propre à assumer.

Une question de délicatesse envers les autres.

La « confiance en soi », c’est se dire que, de toute façon, l’on n’a pas le choix. Alors, on y va. On sert la main. On serre le poing. On discute.
On passe les examens, les entretiens, les jugements. On passe au-dessus des doutes, des craintes, des appréhensions et des angoisses.
Pas parce que l’on sait qu’on le vaut bien, mais tout simplement parce qu’il n’y a rien à faire d’autre.

La « confiance en soi », c’est de la compensation.
Compenser son asociabilité première en allant parler au plus de mon possible. Compenser sa peur de l’échec en bétonnant les travaux préparatifs. Compenser sa peur de ne pas être à la hauteur en faisant tout pour l’être. Compenser sa peur par faire peur. Compenser l’impression de n’avoir rien fait en faisant. Parce que l’on croit qu’après, l’on se sentira mieux. On ne se sent pas mieux. Mais au moins, le fait de réussir ne nous fait pas nous sentir plus mal.

La « confiance en soi », c’est faire ça à défaut d’autre chose. Ca à défaut de rien.

Parfois, la « confiance en soi », c’est juste une perception plus aiguë de sa non-confiance en soi.

En somme, la « confiance en soi », ça n’existe pas.

Longtemps, je me suis couchée de bonne heure…

Ou pas. Plutôt pas d’ailleurs.

Aussi loin que je m’en souvienne, je me suis couchée tard. Ou du moins, ai aimé me coucher tard.
Je ne reviendrai pas sur la conception toute personnelle du sommeil que j’avais bébé. Je laisse ce souvenir éprouvant à ceux qui l’on vécu. En revanche, je me souviens que petite déjà, je me couchais un peu tard. Peut-être pas en fait. Mais au moins, dans mes souvenirs. Je me souviens des émissions regardées avec ma mère sur le canapé. Quasi toujours les programmes de la première partie de soirée. Parfois, mais très rarement, ceux de la seconde partie. J’aimais ces moments où le temps était suspendu, où j’accédais au monde des adultes, où je restais seule avec ma mère.

Au fur et à mesure du temps qui passait, je me couchais de plus en plus tard. Rarement avant la fin de la deuxième partie de soirée. Je regardais la télé souvent, mais restais rarement passive devant : je faisais du sport, je réglais mes devoirs, j’écrivais mon journal intime, … Parfois, je lisais. Mais rarement. Je lisais beaucoup, mais plutôt en journée.

Et puis la prépa est arrivée et mon rythme s’est totalement emballé. La charge de travail à assumer, les heures de sommeil indispensables à ma récupération, ma prédilection pour le soir, … tout cela donnait une équation bien difficile à régler. Je faisais souvent une sieste en fin d’après-midi, après les cours. Puis je passais quelque temps en famille puis travaillais. Parfois jusqu’à tard dans la nuit. Parfois toute la nuit. Me rattrapant souvent le week-end.
J’ai tenu trois ans.

Arrivée à Paris, seule dans mon appart’, avec un rythme de travail beaucoup moins intense (et c’est un euphémisme), tout fut possible : les nuits blanches,  les grasses mat’, les nuits passées devant Dr House, les nuits passées à lire, … Mais moins chaotique, car les années de prépa m’avaient mise sur les rotules.

Maintenant, bon gré mal gré, je me fais au rythme d’une vie de bureau. Mais je sens bien que ce n’est pas le mien. Je me couche relativement tôt, trop tôt à mon goût. Je me lève relativement tôt, trop tôt à mon goût. Avec irrémédiablement un monstre coup de pompe l’après-midi. Et irrémédiablement un regain d’énergie le soir.

Précisément à ce moment auquel j’écris.

Le défi du lundi : le corps de Mademoiselle K

Aujourd’hui, entre deux traductions, j’ai survolé HC et vu pas mal d’articles où les filles racontaient le rapport qu’elles entretenaient à leur corps. Souvent touchant. Après avoir démêlé le pourquoi du comment, je m’y suis arrêtée. Parce que j’ai toujours trouvé cette problématique particulièrement intéressante. Au delà de ma perception personnelle, je trouve fascinant que l’on parle du corps de l’on a alors que l’on est ce corps. Fascinant la faculté de se mettre à distance de ce qui est pourtant nous. Fascinant notre difficulté, souvent, à se l’approprier, à s’y reconnaître, à le faire sien.

Beaucoup ont parlé de leurs complexes, de ce qu’elles aimaient dans leur corps, de ce qu’elles aimaient moins.
Je suis assez mal à l’aise avec cette démarche de recensement car aucune des parties de mon corps que je pourrais mentionner  ne me permettrait d’exprimer le rapport que j’ai à mon corps. J’ai eu des complexes bien sûr, mais mes complexes physiques ne furent rien à côté de mes complexes intellectuels. Avec le temps, j’ai réussi à concevoir mon corps comme un tout, à apprivoiser ce que j’aimais le moins, à me concentrer sur ce que je préférais. A me consoler aussi en disant que si la pièce n’était pas bonne, peut-être ce qui en émanait était plus agréable.

Quand j’étais petite, mon corps n’était que ce qui me permettait de courir, de sauter, de faire du roller ou de monter dans les arbres. Je n’ai pas le souvenir d’avoir eu un corps sexué, ce qui est généralement le propre de l’enfance. J’ai été considérée, souvent, comme une personne et non comme une fille, ce qui, je pense, fut une chance. La puberté m’a rattrapée, mais j’ai continué à être considérée par mes amis-à-la-mort-à-la-vie, comme une personne, voire comme un pote, mais pas comme une fille.
Parallèlement, j’avais toujours des idées, des modèles et des envies de femmes très femmes. Très féminines. Très sensuelles. Très sexualisées.
Pendant longtemps, ma réflexion était la suivante : comment faire de mon corps de femme un corps de femme ? D’où la coquetterie, les heures passées à assortir mes habits, la recherche de la coiffure, les tentatives de maquillage, … Tout cela, pour moi, c’était une élucidation ludique de moi-même, une tentative de faire coïncider le moi intérieur avec le moi extérieur.
D’ailleurs, dans ce processus, ce n’est pas toujours l’esprit (pour la faire rapide) qui entend modeler le corps… juste une tentative de surmonter cette dualité.

Je rapprocherais ce rapport que j’entretiens à mon propre corps de mon intérêt pour le dandysme. Daniel Salvatore Schiffer a intitulé l’un des ses ouvrages que je brûlerais de lire Le Dandysme ou la création de soi où il explique que le soin que les dandies, fussent-ils Brummel, Wilde ou Baudelaire (pour ne citer que les plus connus), portent à leur allure correspond à “une métaphysique de la résistance à la laideur démocratique et au conformisme bourgeois, une tentative souvent pathétique de faire de soi une œuvre d’art à défaut d’en créer”.
Il faut danser sa vie, disait Nietzsche.
A défaut de réussir à danser ma vie (tout au plus se trémousse-t-elle un peu), j’essaie, bien vainement, de faire de mon corps, de mon allure, de ma mise, la manifestation de mon esprit, si tant est que j’en sois pourvue.

Inutile de vous dire, après la lecture de ce post pompeux, que j’ai un physique des plus assommants :)

Hier, j’étais à Neuchâtel

 

 

 

 

Gris et paisible

Une question de rythme…

Quand je suis arrivée à Zurich, je me suis bien sûr sentie étrangère. Par la langue, par la culture, par les références, par les habitudes gastronomiques, par les possibilités offertes… et aussi, de façon plus tenue mais très déroutante, par le rythme et la manière de se déplacer dans les rues.
Je n’étais pas dans le rythme. Manifestement pas dans le bon rythme. Et donc pas du tout en accord avec ceux qui m’entouraient. Ils me bousculaient ou je les bousculais. Je devais parfois ralentir mon pas, briser mon allure normale. Bref, je ne me sentais pas à ma place, j’avais l’impression de ne pas avoir de place.
Et tout cela tenait au rythme auquel la Suisse se déplace.

Forcément, avant, j’avais vécu cinq ans à Paris. La lenteur helvétique est parfois un cliché. Mais pas toujours. Pas par rapport à Paris.

J’avais fui ce rythme parisien. Mais force est de constater qu’en cinq ans, il m’avait contaminée. Et que même si je le rejetais, il m’arrive maintenant de lui trouver quelques vertus.
Car à Paris, par la loi du marche ou crève, l’on apprend à se déplacer efficacement. A quelques loupés près. A se mettre sur la droite sur les escalators si l’on ne veut pas les grimper quatre par quatre. A sortir parfois du wagon de métro pour laisser une masse en descendre. Quand l’on attend sur le quai, à se mettre en oblique par rapport aux porte du même wagon pour laisser la même masse en dévaler. A marcher vite. A slalomer. Bref, à se déplacer efficace.

En Suisse, ce n’est manifestement pas le cas. Il est évidemment très agréable de se balader sur les rues pavées en prenant son temps et ce, sans se sentir limace parmi les limaces. Ou de ne pas se faire bousculer.
Mais les Zurichois, c’est-à-dire les habitants de la capitale économique de la Suisse quand même, ne savent pas se déplacer efficacement. Ils n’ont pas les bons réflexes. Et c’est parfois extrêmement énervant. Parce qu’il n’est pas rare, durant les heures de pointe, de voir quelqu’un bien fermement posté devant la porte du tram sans se rendre compte qu’il empêche ainsi la moitié de la voiture de sortir. Et quand on se voit dans l’obligation de le bousculer car aucune de nos excuses n’ont pu la faire réagir, l’on se prend un regard noir. Mais il ne bougera pas pour autant. Ou les gens qui attendent de monter dans le tram devant la porte, empêchant ainsi de descendre ceux qu’ils veulent sortir. Ca marche aussi pour les trams. Et pour les portillons devant lesquels les gens attendent bien sagement en cas d’embouteillage, n’essayant même pas de passer par la porte qui se trouve un peu plus loin. Et je ne parle pas des ascenseurs.

Cette question de rythme me surprend toujours. Elle m’agace parfois à Zurich, elle me fatigue souvent à Paris. Elle me permet de gagner quelques années de vie supplémentaires en Suisse, elle me permet de me sentir un peu plus vivante en France.

Jusqu’au prochain pas de quatre.

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