J’aime pas les blogs de mamans. Enfin, en majorité. A de très rares exceptions près. J’aime pas ces histoires où les bébés se trouvent affublés de surnoms qui justifieront la future crise d’adolescence qu’ils infligeront leurs parents. Genre Minitropjolie. Et mon cul, c’est du poulet ?
J’aime pas ces billets rose pastel qui rapportent les moments de complicité intense entre Amourmonloup et Petitdernier, avec tout un baratin mauve guimauve influence Marie-Claire-Psychologie mal digéré sur l’importance de la transmission intergénérationnelle et de la place du père moderne dans la structure familiale. Je déteste presque autant ça que les blogs de mariage où l’on a l’impression que les invités sont en carton-pâte ou que les blogs de pseudo-mode avec des photos flou-artistique-appelez-moi-David-Hamilton.
Et surtout, surtout, j’aime pas les débats moralisateurs que l’on trouve sur les blogs de mamans. Evidemment le sempiternel “pour ou contre l’allaitement” avec ses dérivés “pour ou contre le cododo” et “pour ou contre le portage” qui ressemble une guéguerre très binaire “Si tes pas avec moi, t’es contre moi”. Quand je vois la virulence de certaines activistes, qu’elles soient de l’un ou l’autre camp, je me dis que les grands élans pseudo-féministes du genre “Si y’avait des femmes au pouvoir, y’aurait pas de guerre” ou “Si les femmes gouvernaient, tout irait beaucoup mieux” sont le fait de personnes qui n’ont JAMAIS lu un blog de mamans.
Fin bref.
Depuis quelques semaines, je vois une grande interrogation revenir sur les blogs de mamans : “Faut-il les laisser croire au Père Noël ou pas ?”.
Et là, je me dis que quand même, on arrive au bout du bout de la masturbation intellectuelle. Encore, les débats sur l’aspect consumériste de Noël, je veux bien. Mais là… le Père Noël comme danger pour la morale de la jeunesse. N’hésitez plus, mettez de la ciguë dans le lait déposé près de la cheminée !
Déjà, pour moi, y’a que les Témoins de Jéhovah qui fêtent pas Noël. Et niveau intégration dans la société, les Témoins de Jéhovah, c’est pas le pied.
Et puis, franchement le raisonnement : Danger, car parler du Père Noël, c’est mentir, et mentir, c’est mal. Donc le Père Noël, c’est mal. CQFD. Fin de la démonstration. Rentrez chez vous, y’a plus rien voir. Amis des nuances, là, vous êtes servis. Dialecticiens de tous les pays, unissez-vous, le syllogisme triomphe.
Mais allô quoi ?! Evidemment qu’on ment aux enfants (d’ailleurs, on ne ment pas qu’aux enfants). On ment parfois, on ment souvent et ça ne fait pas de nous des êtres méprisables. Franchement, quand Tata Bernadette en aura tellement marre d’Oncle Roger, ce fumier alcoolique et violent, qu’elle se jettera par la fenêtre, évidemment qu’on va mentir au gamin de 4 ans. Qu’on lui dira pudiquement que Tata Bernadette est partie dans un monde meilleur (ou pas). Et c’est très bien. Personnellement, je remercie mille fois mes parents de m’avoir menti un nombre incalculable de fois, parce que le chômage, la précarité, la maladie ne sont pas des concepts, à défaut d’expériences, qu’un enfant peut appréhender sereinement. Déjà que quand j’ai appris ce qu’était le chômage à 8 ans, j’avais peur que ma famille se retrouve sous les ponts, alors si l’on ne m’avait par exemple pas menti sur les risques potentiels d’une grossesse quand ma mère attendait ma soeur, j’étais bonne pour l’hôpital psychiatrique. A 7 ans. Ouais, ç’aurait été moche.
Et puis je pense (et pour une fois, je suis d’accord avec les pédo-psy) qu’à 3 ou 6 ans, un enfant a besoin d’avoir un monde imaginaire pour se rassurer face un réel qu’il n’est pas en mesure de comprendre. A 5 ans, l’on a une grille de lecture du monde faite de monstres, de sorcières, de gorgones (oui, moi, à 5 ans, c’était les Gorgones qui me terrifiaient). Alors autant que l’on ait des fées, des princesses et un Père Noël pour faire bonne mesure. La pense magique est nécessaire, je crois, un enfant, simplement parce qu’il n’est pas en mesure de faire autrement. Déjà que pour certains adultes, c’est pas évident…
Le drôle, c’est que souvent, les parents anti-Père Noël sont ceux qui prônent le respect du rythme de l’enfant avec l’éducation non violente, etc.
Alors oui, l’enfant découvrira un jour que ses parents lui ont menti. Et qu’ils continueront. Pour son bien ou pour ce qu’ils croient être son bien. Les pédo-psy disent que cela contribue à la construction du sujet. Moi, je dis surtout que ce sera peut-être la première fois, mais certainement pas la dernière. Ma vie n’est qu’une succession de prises de conscience, voire de déceptions, à l’égard de mes parents. Qui ont pourtant été, et sont toujours d’ailleurs, des parents remarquables. Mais c’est comme ça que je me construis, encore maintenant, en tant que personnalité propre. Welcome to the real life !
Alors moi, je suis pour que les enfants puissent croire au Père Noël, au saint Nicolas, au Père Fouettard, la fée Clochette et même aux korrigans. J’aimerais leur offrir un monde riche, léger. J’aimerais aussi que mes enfants croient qu’ils sont des Jedi.
